ZEUS, ATHÉNA et ARÈS à Troie

 

cratère à figures noires, v. 500 av. J.-C.

 

Zeus intervient pour protéger Athéna des attaques d'Arès. Au dos de ce vase, on découvre une autre scène extraite de l'Iliade : Ajax portant le corps d'Achille.
Dans cette épopée homérique, en effet, le dieu Arès, tout comme Aphrodite, Apollon ou encore Artémis, est favorable aux Troyens, alors qu'Athéna, Poséidon, Héra ou encore Hermès sont des partisans de l'armée achéenne. Certains combattent même entre eux, parfois par humains interposés comme au chant V : par exemple, Héra et Athéna poussent le Grec Diomède à blesser Arès.

 

Iliade, chant V, derniers vers
traduction de Leconte de Lisle (je me suis permis de franciser les noms)

    Et la divine Héra aux bras blancs, voyant que les Argiens périssaient dans la rude mêlée, dit à Athéna ces paroles ailées :
    - Ah ! fille indomptable de Zeus tempétueux, certes, nous aurons vainement promis à Ménélas qu'il retournerait dans sa patrie après avoir renversé Ilion aux fortes murailles, si nous laissons ainsi le cruel Arès répandre sa fureur. Viens, et souvenons-nous de notre courage impétueux.
    [...]
    Et quand elles parvinrent là où les Achéens luttaient en foule autour de la force du dompteur de chevaux Diomède, tels que des lions mangeurs de chair crue, ou de sauvages et opiniâtres sangliers, la divine Héra aux bras blancs s'arrêta et jeta un grand cri, ayant pris la forme du magnanime Stentor à la voix d'airain, qui criait aussi haut que cinquante autres :
    - Honte à vous, ô Argiens, fiers d'être beaux, mais couverts d'opprobre ! Aussi longtemps que le divin Achille se rua dans la mêlée, jamais les Troyens n'osèrent passer les portes Dardaniennes ; et, maintenant, voici qu'ils combattent loin d'Ilion, devant les nefs creuses !
    Ayant ainsi parlé, elle ranima le courage de chacun. Et la déesse Athéna aux yeux clairs, cherchant le Tydéide, rencontra ce roi auprès de ses chevaux et de son char. Et il rafraîchissait la blessure que lui avait faite la flèche de Pandaros. Et la sueur l'inondait sous le large ceinturon d'où pendait son bouclier bombé ; et ses mains étaient lasses. Il soulevait son ceinturon et étanchait un sang noir. Et la Déesse, auprès du joug, lui parla ainsi :
    - Certes, Tydée n'a point engendré un fils semblable à lui. Tydée était de petite taille, mais c'était un homme. [...] Certes, aujourd'hui, je te protège, je te défends et je te pousse à combattre ardemment les Troyens. Mais la fatigue a rompu tes membres, ou la crainte t'a saisi le cœur, et tu n'es plus le fils de l'excellent cavalier Tydée Œnéide.
    Et le brave Diomède lui répondit:
    - Je te reconnais, Déesse, fille de Zeus tempétueux. Je te parlerai franchement et ne te cacherai rien. Ni la crainte ni la faiblesse ne m'accablent, mais je me souviens de tes ordres. Tu m'as défendu de combattre les Dieux heureux, mais de frapper de l'airain aigu Aphrodite, la fine de Zeus, si elle descendait dans la mêlée. C'est pourquoi je recule maintenant, et j'ai ordonné à tous les Argiens de se réunir ici, car j'ai reconnu Arès qui dirige le combat.
    Et la divine Athéna aux yeux clairs lui répondit:
    - Tydéide Diomède, le plus cher à mon cœur, ne crains ni Arès ni aucun des autres Immortels, car je suis pour toi une protectrice assidue. Viens ! pousse contre Arès tes chevaux aux sabots massifs ; frappe-le, et ne respecte pas le furieux Arès, ce dieu changeant et insensé qui, naguère, nous avait promis, à moi et à Héra, de combattre les Troyens et de secourir les Argiens, et qui, maintenant, s'est tourné du côté des Troyens et oublie ses promesses.
    Ayant ainsi parlé, elle saisit de la main Sthénélos pour le faire descendre du char, et celui-ci sauta promptement à terre. Et elle monta auprès du divin Diomède, et l'essieu du char gémit sous le poids, car il portait une Déesse puissante et un brave guerrier. Et Pallas Athéna, saisissant le fouet et les rênes, poussa vers Arès les chevaux aux sabots massifs. Et le Dieu venait de tuer le grand Périphas, le plus brave des Étoliens, illustre fils d'Ochésios ; et, tout sanglant, il le dépouillait ; mais Athéna mit le casque d'Hadès, pour que le puissant Arès ne la reconnût pas. Et dès que le fléau des hommes, Arès, eut aperçu le divin Diomède, il laissa le grand Périphas étendu dans la poussière, là où, l'ayant tué, il lui avait arraché l'âme, et il marcha droit à l'habile cavalier Diomède.
    Et quand ils se furent rapprochés l'un de l'autre, Arès, le premier, lança sa pique d'airain par-dessus le joug et les rênes des chevaux, voulant arracher l'âme du Tydéide ; mais la divine Athéna aux yeux clairs, saisissant le trait d'une main, le détourna du char, afin de le rendre inutile. Puis, Diomède hardi au combat lança impétueusement sa pique d'airain, et Pallas Athéna la dirigea dans le bas ventre, sous le ceinturon.
    Et le Dieu fut blessé, et la pique, ramenée en arrière, déchira sa belle peau, et le féroce Arès poussa un cri aussi fort que la clameur de dix mille guerriers se ruant dans la mêlée. Et l'épouvante saisit les Achéens et les Troyens, tant avait retenti le cri d'Arès insatiable de combats. Et, comme apparaît, au-dessous des nuées, une noire vapeur chassée par un vent brûlant, ainsi Arès apparut au brave Tydéide Diomède, tandis qu'il traversait le vaste Ouranos, au milieu des nuages. Et il parvint à la demeure des Dieux, dans le haut Olympe. Et il s'assit auprès de Zeus fils de Cronos, gémissant dans son cœur; et, lui montrant le sang immortel qui coulait de sa blessure, il lui dit en paroles ailées :
    - Père Zeus, ne t'indigneras-tu point de voir ces violences ? Toujours, nous, les Dieux, nous nous faisons souffrir cruellement pour la cause des hommes. Mais c'est toi qui es la source de nos querelles, car tu as enfanté une fille insensée, perverse et inique. Nous, les Dieux Olympiens, nous t'obéissons et nous te sommes également soumis ; mais jamais tu ne blâmes ni ne réprimes celle-ci, et tu lui permets tout, parce que tu as engendré seul cette fille funeste qui pousse le fils de Tydée, le magnanime Diomède, à se jeter furieux sur les Dieux immortels. Il a blessé d'abord la main d'Aphrodite, puis, il s'est rué sur moi, semblable à un Dieu, et si mes pieds rapides ne m'avaient emporté, je subirais mille maux, couché vivant au milieu des cadavres et livré sans force aux coups de l'airain.
    Et Zeus qui amasse les nuées, le regardant d'un oeil sombre, lui répondit:
    - Cesse de te plaindre à moi, Dieu changeant ! Je te hais le plus entre tous les Olympiens, car tu n'aimes que la discorde, la guerre et le combat, et tu as l'esprit intraitable de ta mère, Héra, que mes paroles répriment à peine. C'est son exemple qui cause tes maux. Mais je ne permettrai pas que tu souffres plus longtemps, car tu es mon fils, et c'est de moi que ta mère t'a conçu. Méchant comme tu es, si tu étais né de quelque autre Dieu, depuis longtemps déjà tu serais le dernier des Ouraniens.
    Il parla ainsi et ordonna à Paiéon de le guérir, et celui-ci le guérit en arrosant sa blessure de doux remèdes liquides, car il n'était point mortel. Aussi vite le lait blanc s'épaissit quand on l'agite, aussi vite le furieux Arès fut guéri. Hébè le baigna et le revêtit de beaux vêtements, et il s'assit, fier de cet honneur, auprès de Zeus fils de Cronos. Et l'Argienne Héra et la Protectrice Athéna rentrèrent dans la demeure du grand Zeus, après avoir chassé le cruel Arès de la mêlée guerrière.

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